30.09.2008

La mort de Raymond Macherot

Reprise d'un article naguère publié dans un catalogue de vente aux enchères.

 

C’est par la force des choses que Raymond
Macherot est devenu dessinateur animalier.
D’abord dessinateur réaliste, passionné par les
récits de pirates (Stevenson est un auteur mille
fois cité au cours des entretiens), il accède à la
postérité en créant des histoires de petits animaux
des champs, en apparence simple, mais tellement
humaines.


L’histoire de sa vie paraît tout aussi simple –
limpide, comme son trait, ses personnages et ses
histoires. La passion de Macherot pour la nature, son
amour de la vie, sous toutes ses formes, se double
d’une vision du monde que ne renieraient pas les
écrivains minimalistes de la fin du XXe siècle, dotée
d’une belle réflexion sur le Monde Moderne. Devenu
célèbre pour sa série Chlorophylle, parue dans le
Journal Tintin (puis en albums aux éditions du
Lombard), Macherot a ensuite créé pour Spirou les
séries Sybilline et Chaminou. Toutes ces séries
animalières, miroirs de notre monde humain, ont,
depuis leur création, enchanté des générations de
lecteurs, petits et grands. Si elles s’adressent en
priorité au lectorat le plus jeune, ces histoires et le
monde qui y est décrit ont une portée philosophique
telle que les lecteurs de romans graphiques ne
peuvent oublier Macherot dans l’Histoire
mouvementée de la création littéraire en bande
dessinée.


Une enfance sans histoire
Raymond Macherot est né à Verviers (Belgique) le 30
mars 1924. Son enfance est classique (à la fois
turbulent et sage, lecteur d’illustré, passionné par
les histoires de pirates et par... Tintin), déjà
consacrée au dessin. La guerre survient, qui brise
tout sur son passage. Lors de l’offensive allemande,
Raymond Macherot et son ami Maurice Maréchal
(futur dessinateur de Prudence Petitpas) tentent de
fuir à vélo, jusqu’à Toulouse. «La grande peur des
habitants [des] cantons de l’Est était d’être enrolés
du côté allemand, un peu comme les Alsaciens»,
explique Macherot [1]. De retour en Belgique, une fois
les craintes d’enrôlement passées, Macherot connaît
les privations et les horreurs de la Guerre
d’Occupation. En février 1945, il s’engage au service
des Alliés, il participe aux dernières batailles de
libération de l’Europe.

Les grands débuts : cartoon et bande dessinée
Démobilisé, Macherot retourne à Verviers et à la vie
civile. Il s’essaie au journalisme, et devient
chroniqueur judiciaire, critique d’art, puis reporter
photographe pour le Courrier du Soir. En 1949, il
rencontre celle qui deviendra son épouse, Josette
Parallèlement au métier de journaliste, de premiers
dessins paraissent dans le journal Pan, un
hebdomadaire satirique. Il signe ses dessins Zara.
Passionné par le dessin, Raymond Macherot cherche
sa voie dans la bande dessinée. Il rencontre Jacques
Martin qui lui suggère de travailler dans un style
comique. Prévisions qui se réaliseront... à moyen
terme. Les premiers travaux publiés de Raymond
Cherot seront réalisés dans un style réaliste. Ses
réels débuts se font avec Le Chevalier Blanc. Sur les
conseils de Jacques Martin, Macherot adresse au
Journal Tintin des planches et dessins de style
comique, mais aussi réaliste. Notamment des
histoires de chevalerie, parmi lesquelles des scenarii
du Chevalier Blanc. Ce sont précisément ces
histoires qui enthousiasmeront la direction du
journal. L’histoire de Macherot a été confiée à
Funcken, et le futur dessinateur de Chlorophylle est
engagé au Studio du Lombard. Evany, ami intime de
Jacobs et responsable artistique du Studio, lui
enseigne les ficelles du métier. En un an et demi,
Macherot fait sa véritable entrée dans la profession.
Fortuitement, un jour, Raymond Leblanc, éditeur
historique du journal, tombe sur un dessin de
Macherot, une petite souris sur une carotte. Leblanc,
conquis, propose à Macherot de faire une série sur
les animaux. Une première histoire de quatre pages,
Mission Chèvrefeuille, paraît alors. Le «système
Macherot» est déjà en place dans cette première
publication. Le dessinateur s’y démarque nettement
de l’influence alors écrasante de Walt Disney : les
pattes de ses petits animaux sont représentées telles
qu’elles sont et non pas stylisées, Macherot voulant
être plus proche de la réalité de la Nature. Gustave,
le héros de cette histoire, est un prototype de
Chlorophylle et des futurs autres héros de Macherot.

La naissance de Chlorophylle
L’histoire plaît, le dessinateur se lance alors dans
une histoire complète, Chlorophylle contre les rats
noirs. Cette première histoire d’opérations militaire,
d’armes secrètes, au pays des animaux des champs,
fait songer à ce qu’ont vécu les Belges pendant la
dernière guerre. C’est un peu Le Secret de l’Espadon
à La Ferme des Animaux ! L’univers de Chlorophylle,
tel qu’il sera développé par la suite, est déjà présent
et fonctionne admirablement : Chloro, d’abord, héros
de ces histoires, personnage positif, et ses amis et
alliés, mais surtout Anthracite, le chef des rats noirs,
auquel Macherot est très attaché et qu’il décrit
comme «une sorte de Fantômas de fête foraine» [2].
Le petit peuple des champs vit alors mille aventures,
nourries de l’observation de la Nature de Macherot.
Son style évolue rapidement, l’encrage, déjà
excellent, est superbe, enlevé ; les pleins et les
déliés enrobent les personnages, leur donnent un
mouvement, une vie, que l’on peut comparer aux
encrages d’Hergé. Rares seront les dessinateurs du
Journal Tintin qui parviendront à insuffler une telle
vie dans leurs dessins. L’équilibre des noirs, des
«masses», dans les planches, est tel que les
couleurs deviennent superflues. De plus, les récits
animaliers permettent une très grande liberté de ton.
Les sujets les plus délicats sont abordés, avec
fraîcheur et simplicité, mais de façon pertinente,
inédite.
Macherot travaillera pour le Journal Tintin pendant
plus de dix ans. Après Chlorophylle, il y crée le
personnage du Colonel Clifton (1959), et également
du Père La Houle (qui ne connut qu’une aventure, en
1956). Déçu par les nouvelles collections du
Lombard (qui entendait publier Chlorophylle en
albums souples), Macherot passe «à l’ennemi»,
c’est-à-dire au journal Spirou, pour y créer
l’éphémère et incompris Chaminou, personnage qui
évolue dans un univers d’une noirceur inédite pour
de jeunes lecteurs, puis, plus durablement, Sybilline,
clone de Chlorophylle, dont les aventures seront
dessinées dans un style légèrement différent.
Avec les années, le style change radicalement. Aux
riches pleins et déliés des années Tintin, Macherot
oppose dans Sybilline un trait plus «rompu», aux
lignes interrompues. Les puristes amateurs de la
ligne épurée de la grande époque peuvent regretter
cette évolution, qui est toute personnelle, et
correspond au changement d’esprit de Macherot luimême.
Dans ses derniers albums, Sybilline connaît
des aventures plus pessimistes, plus noires, mais
également plus fantastiques.
Tout au long de sa carrière, Macherot a laissé à
d’autres dessinateurs le soin de reprendre ses petits
personnages. Raymond Macherot est aujourd’hui à la
retraite, s’occupe de ses proches, de son jardin, et
regarde avec tendresse et non sans détachement, les
destinées du petit peuple qu’il a créé, voici à présent
bien longtemps…


[1] Macherot, une monographie, propos de R. Macherot, recueillis par
J.-F. Douvry, J.-P. Mercier, accompagnés par J.-F. Chevalier, en mars
1998. Ed. Mosquito, Saint-Egrève, 1998.

[2] Rantanplan n° 26, 1972. Propos recueilllis par André Leborgne.
Raymond Macherot, un humaniste animalier

04.09.2008

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Les hommes ne peuvent rien voir autour d’eux qui ne soit leur visage, tout parle d’eux-mêmes. Leur paysage même est animé.

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23.08.2008

Chaque matin qui se lève est une leçon de courage

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Bien que la journée s'annonce belle, le temps est toujours à la déconvenue. La grisaille du travail ternit l'éclat des jours. Le réveil en fanfare prête à la ronde des heures une raideur militaire. Il faut y aller, quitter l'imprécision de la nuit, répondre à l'appel du devoir comme au coup de sifflet d'un invisible maître.

 

Il s'agit d'une manière de vivre qui passera par bien des explorations et des formulations provisoires, qui tend elle-même à ne s'exercer que dans le provisoire. La nature de cette entreprise nous prescrit de travailler en groupe, et de nous manifester quelque peu : nous attendons beaucoup des gens, et des événements, qui viendront. Nous avons aussi cette autre grande force, de n'attendre plus rien d'une foule d'activités connues, d'individus et d'institutions.